FabLab d’Entreprise: Retour d’expérience (Saison 2)

Pour retrouver la saison 1, c’est ICI

Voici maintenant près de 2 ans nous inaugurions notre FabLab d’entreprise. C’est l’une des briques qui définit aujourd’hui l’écosystème d’innovation de l’entreprise. Ce fablab, pensé, conçu et réalisé en interne, partait sur des hypothèses assez tranchées et peu communes:

  • pas d’équipe d’animation dédiée mais des « champions », des référents qui avaient pour mission d’animer et de promouvoir le lieu,
  • Un Lieu « DUAL » avec une partie orientée INNOVATION (Design de SERVICE, workshop de créativité, Business Model génération, Design thinking etc…) plutôt orientée concept et réflexion et une autre partie clairement orientée PROTOTYPAGE avec principalement une imprimante 3D, des moyens électronique (ARDUINO etc…) et maquettage plus classique (carton etc…)
  • Un libre service complet avec des réservation en ligne

Après 2 ans de fonctionnement quels enseignements peut on tirer?

Un bilan globalement positif, des améliorations à mener.

  1. La nécessité d’avoir un accompagnement technique et méthodologique
    Même si les équipes sont formées aux techniques de créativité (+de 30 animateurs formés et certifiés), de BM generation etc… il est indispensable d’avoir un accompagnement plus proche et précis des utilisateurs et un process pour le soutenir. C’est une démarche que nous mettons en place actuellement pour accentuer les effets positifs de notre Lab. Cependant la position de ne pas consacrer une équipe à temps complet nous tient à coeur. Cela oblige à l’appropriation du lieu par les équipes, même si du coup la dynamique est plus complexe à enclencher.
  2. La complémentarité du lieu DUAL.
    La mise en place des 2 espaces, en insistant sur la mobilité et sur l’agilité de l’espace est clairement un succès. Le prototypage est alors complètement corrélé à l’intérêt business (pour la partie BM generation) et les idées obtenues lors des phases de créativité sont immédiatement testées. C’est hyper réactif et hyper efficace.
  3. Les limites du libre service
    Comme indiqué plus haut, la nécessité d’un accompagnement est clair. Cependant le principe du libre service sans équipe dédié est pour nous important. Comment faire pour accompagner les équipes alors même que les réservations sont automatiques et les sujets peuvent être inconnus? C’est tout la subtilité de l’accompagnement et du réseau de « champions », connaitre les projets, susciter les vocations et les demandes d’utilisation et proposer notre catalogue de service d’accompagnement des porteurs de projet (c’est gratuit…)
    Un autre aspect insoupçonné au départ est l’aspect… vol. Disons clairement, c’est un risque lorsque vous mettez une telle structure en libre service avec des outillages et des moyens. Nous avons mis en place une bibliothèque qui a subi quelques outrages au démarrage mais tout s’est remis en ordre rapidement. Le matériel n’a pas disparu mais il s’absente régulièrement. Je trouve cela plutôt positif, montrant que nos équipes s’investissent.
  4. La nécessité d’acculturer la totalité de l’organisation.
    La culture du Lab et du Make n’est pas inné dans une vieille organisation, habituée au processus classique de développement. L’acculturation de tous les étages de l’organisation doit être réalisée avec un très grand soin. Pour le faire nous avons organisé des réunions d’information et des démonstrations dans le Lab. Nous avons également démontré pragmatiquement les gains qu’ouvraient une telle structure dans l’entreprise. Vous avez gagné quand les utilisateurs réparent seuls l’imprimante 3D est… imprimant la pièce cassée (le ventilateur en l’occurrence).
  5. L’évolution et le change permanent
    Le fabLab et la culture Maker tournent autour des concepts de test & Learn. Ces concepts s’appliquent aussi à la strucuture et il faut s’avoir adapté les choses à l’usage et l’utilisation que font de cet outils nos collaborateurs. Cela induit une remise en question permanente du lieu, de sa conformation et de son équipement.
  6. Le grand vainqueur? L’impression 3D
    Comme dans tous les lab je pense, notre imprimante 3D est sans aucun doute la grande gagnante du concours de l’équipement le plus utilisé. Avec un ration d’utilisation supérieur à 75%, c’est un équipement en danger du coté maintenance. Nous envisageons de réinvestir rapidement sur une machine plus perfectionnée et surtout plus industrielle.
  7. La nécessité méthodologique
    La culture Maker n’est pas inné dans nos organisation. Grand groupe ou PME c’est un vrai shift de fonctionnement, de management et d’ambition. La tentation est grande, et nous y avons parfois succombé, de penser que les choses « vont se faire d’elles-même ». C’est faux, il faut le lieu, les hommes et les méthodes pour arriver à des résultats probants. La mise en place d’un processus de définition et d’accompagnement des projets est clé.
  8. L’utilisation dans tout ça?
    Tous les acteurs ne se sont pas appropriés le lieu et toutes ses possibilités. Cependant si la structure est aujourd’hui connue, l’utilisation est grandement inégale.
    La partie INNOVATION est très utilisée, notamment pour nos séances de créativité et de business model. Toutes les réunions ayant un objectif INNOVATION ou CREATIVITE sont organisées dans le cadre du Lab et profite des méthodes qui y sont déployées.
    La partie PROTOTYPAGE est plus complexe car elle nécessite une implication et un savoir-faire plus fort de la part des utilisateurs, n’ayant pas mis en place une équipe dédiées. L’imprimante 3D, nous l’avons dit, cartonne et a un taux d’utilisation frisant l’esclavage. Les plateformes ARDUINO de prototypage électronique sont aussi très utilisées. Le maquettage classique peine à s’imposer, malgré les possibilités et la facilité de mise en œuvre, sans doute par un manque de méthodes et d’exemples.

Pendant ces 2 ans, nous avons découvert les limites de notre approches et nous travaillons à rendre plus efficace et plus attrayant ce lieu pour tous les makers et innovateurs de l’entreprise. Des actions d’animation et de communication vont être lancées pour encore plus mettre ce lieu au centre des pratiques de développement.
Preuve de l’impact de ce genre de lieu sur les mentalités, le FabLab a permis l’arrivée sur Lyon de la première salle d’immersion 3D en réalité virtuelle de l’entreprise. Le Lab est donc aujourd’hui voisin de cette salle et la synergie des deux équipements est surprenante.

 

Merci d’avoir lu.

Avez-vous  un retour d’expéreience à partager sur votre fabLab?

 

3 réflexions au sujet de « FabLab d’Entreprise: Retour d’expérience (Saison 2) »

  1. Bonjour

    Merci pour ce retour d’expérience très intéressant … Petite question, pas de personnel dédié … Pourquoi ce choix ? Choix réel ou contraintes opérationnelles et budgétaires ? Comment font les « champions » pour porter le projet sans se « fatiguer » ? Nous sommes dans la même démarche et nous posons sérieusement la question de la viabilité long terme sans animateur dédié …

    1. Bonjour Céline,
      Le choix est délibéré. Nous ne voulions pas metre une strucutre pour encourager les personnels à prendre en main le Lab et à le faire vivre par eux-même.
      Les champions sont des passionés, si on leur donne la matière et les sujets pour s’exprimer, pas de souci.
      Vous avez raison, sans animation constante, le lieu risque de s’essoufler. C’est ce que nous faisons maintenant, nous organisons des évènements au sein du Lab pour le dynamiser. Mais nous nous reposons sur ce que nous avons et nous mettons ainsi en avant nos champions. Cela les valorise, les motive encore plus tout en créant plus de liens et plus d’envie pour aller travailler dans ce Lab: ca crée des vocations. Notre équipe d’animateurs seront les « super » utilisateurs du lieu.
      Ca met un peu de temps à se mettre en place mais ca marche.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *